« Tendre la main à un homme pour pouvoir s’acheter du déodorant, jamais de la vie ! » me répétait ma mère quand j’étais adolescente. Mon engagement en faveur de l’indépendance financière des femmes vient de là. Mon métier d’origine – avocate – a renforcé ma conviction que les femmes ne devraient jamais céder à la tentation d’arrêter de travailler pour s’occuper de leurs enfants. Mon métier de journaliste au magazine ELLE depuis plus de vingt ans me conforte plus que jamais. J’ai vu trop de femmes se retrouver dans une situation matérielle très compliquée après un divorce ou la mort de leur mari. J’ai vu trop de femmes au foyer pourtant diplômées de grandes écoles prendre un job de vendeuse ou d’assistante à 45 ans pour gagner leur vie après une rupture. Plus anecdotique mais aussi dramatique : des femmes plus âgées sont parfois si démunies qu’elles poursuivent en justice leurs enfants – devenus adultes – pour obtenir une pension alimentaire ! Pour éviter ça, à moins d’être rentière, il n’y a pas d’autre solution que d’exercer une profession. D’autant qu’en plus de procurer l’autonomie, le travail peut être source de bonheur. Pour ce qui me concerne, c’est en tous cas une clé d’épanouissement importante.

Lorsque j’étais avocate, au début des années 90, je n’étais pas très heureuse. Mon activité, intellectuellement passionnante, me semblait manquer de sens. J’étais spécialisée en droit des affaires : je faisais gagner de l’argent à des entreprises qui en avaient déjà beaucoup… Et puis le monde des avocats n’était pas suffisamment women-friendly à mon goût. « Tu prends ton après-midi ? », ironisait-on quand je quittais le cabinet à 19h… A 27 ans, juste après la naissance de mon deuxième fils, j’ai pris un virage à angle droit : j’ai décidé de devenir journaliste, le métier qui me faisait rêver depuis toujours mais que je ne m’étais pas autorisée à rejoindre au moment où l’on choisit son orientation. J’ai donc tout repris à zéro. J’ai débuté comme modeste stagiaire, puis pigiste. Ce n’était pas facile, j’ai vécu des moments de découragement. Mais je voulais tellement y arriver, je me suis accrochée. J’ai fini par être engagée à ELLE – une sorte de graal – où je suis devenue grand reporter, puis rédactrice en chef et enfin directrice éditoriale des événements. Mon mari et mes trois fils (des adultes de 26, 23 et 18 ans) sont fiers de mon parcours. Je le suis aussi.
J’adore mon journal pour son sérieux et sa fantaisie, pour son engagement et son ironie. C’est parce que ce magazine défend les femmes depuis sa création que j’ai pu y développer un programme pour leur venir en aide très concrètement. En effet, le monde du travail et la société ne sont toujours pas suffisamment adaptés au fait que la grande majorité des femmes travaillent. La plupart des entreprises fonctionnent encore selon des règles conçues par les hommes pour les hommes. Il n’existe toujours pas, en France, de service public de la petite enfance qui octroierait à chaque enfant une place en crèche avant l’entrée à l’école. 80 % des tâches parentales et domestiques sont encore assumées par les femmes. La fameuse « charge mentale » encombre leur esprit d’une multitude de choses à faire pour la maison, la famille, les autres… Le plus révoltant est que la société estime que c’est leur boulot de gérer tout ça ! Et pourtant, les spécialistes ont démontré depuis longtemps que la lourdeur de la vie personnelle est la raison principale des inégalités professionnelles entre les femmes et les hommes.

En 2011, un an après les États généraux de la femme lancé par notre magazine, j’ai créé le forum ELLE ACTIVE, dont l’objet est la promotion du travail des femmes, pour apporter des solutions pratiques à leurs préoccupations. C’est aussi un moyen de peser sur les décideurs économiques et politiques afin de permettre à toutes les femmes d’accéder aux mêmes postes et aux mêmes salaires que les hommes. Mais s’il est nécessaire de continuer à se battre auprès des pouvoirs publics et des entreprises pour qu’ils rendent moins hostile l’environnement des femmes qui travaillent, je suis aussi convaincue que chacune d’entre nous dispose, sans en avoir forcément conscience, des ressources nécessaires pour avancer malgré tout. C’est pourquoi nous proposons dans nos forums des master class et des workshops animés par les meilleurs experts de la carrière au féminin – sur des sujets aussi concrets que « constituer son réseau, mode d’emploi », « s’exercer à l’entretien d’embauche », « maîtriser le personal branding sur le net »… Nous aidons les femmes à en finir avec l’autocensure et elles repartent revigorées. Notre plus grande satisfaction ? Quand elles nous racontent à quel point ELLE ACTIVE les a aidées à progresser, à mieux concilier vie personnelle et vie professionnelle, à changer de job ou à créer leur entreprise. Ce genre de témoignage est toujours très gratifiant ; mais leur réussite, elles ne la doivent qu’à elles-mêmes bien sûr.