Avant de me lancer dans le journalisme, j’ai rêvé d’être archéologue, ou diplomate. Passionnée de langues et de civilisations anciennes, j’aimais beaucoup les grands voyages. Je voulais tout connaître, tout comprendre.

Personne ne m’a freinée, et je mesure aujourd’hui quelle a été ma chance. A une époque où l’on séparait encore les garçons et les filles dans les grandes écoles – ce que, du reste, j’ignorais – j’ai choisi par goût de faire Sciences Po, la seule école mixte depuis sa création. Lorsque j’ai terminé mes études – j’ai aussi passé des licences de droit et d’Anglais, et étudié mon futur métier au Centre de formation des journalistes – la presse m’a accueillie avec bienveillance. « Les femmes peuvent faire de belles carrières dans les journaux économiques », m’avait annoncé mon premier patron lors de mon entretien d’embauche. Le Nouvel Economiste, Libération, La Tribune, Le Monde… Les années ont passé et je travaille maintenant à l’hebdomadaire Challenges.

Je ne peux pas dire que j’ai rencontré d’obstacles parce que j’étais une femme, mais j’ai pris un jour conscience…que les personnes que j’interviewais étaient exclusivement des hommes ! J’ai fini par me dire qu’il fallait faire quelque chose.

En 2010, le débat sur l’introduction de quotas dans les conseils d’administration m’a fourni l’occasion de rentrer dans l’arène, et internet m’a permis de le faire en toute liberté. J’ai ouvert mon blog « Femmes » sur le site web de Challenges, avec la bénédiction de ma hiérarchie. Et peu à peu, j’ai déroulé mon fil. Au fil du temps, certaines choses se sont améliorées. Mais aujourd’hui, je m’inquiète de la société que nous préparent les Google, Apple, Microsoft ou Amazon, car les femmes en sont quasiment absentes. Comme si tout était à recommencer.