Je m’appelle Honorine Filisika-Koenig, j’ai 37 ans, je suis née le 5 août 1980 à Mata’utu, dans les îles Wallis et Futuna, territoire situé à 22000 kilomètres de la métropole ; je suis la seconde d’une famille de quatre enfants, trois sœurs et un jeune frère ; j’ai suivi une scolarité normale, jusqu’en 1997, lorsque mon père eut un infarctus qui l’obligea à partir en Australie avec ma mère pour se faire soigner. J’ai fait le choix de ne pas continuer les études. En 1998, j’ai rencontré Stéphane, venu en vacances ; la même année, peu après son retour, j’ai quitté ma terre natale pour le rejoindre en France ; nous nous sommes mariés en 2000 et nous avons 2 petites filles : Élise Hau Sialé Manu Tu’utahi en 2011 (6 ans) et Jeanne Esiloga Fetu’u Si’i en 2016 (1 an).

 

Mon parcours a été difficile mais riche en expériences humaines : avec un niveau scolaire de 3ème, j’ai décidé de reprendre mes études en France. J’ai opté pour la poursuite en alternance pour passer mon BEP secrétariat, ce qui m’a donné l’occasion de côtoyer des milieux sociaux et professionnels très intéressants dont j’ignorais totalement l’existence ; j’ai poursuivi vers le bac, puis j’ai décidé de passer le concours de fonctionnaire d’état à l’éducation nationale en tant qu’adjoint technique, où je suis titulaire depuis septembre 2008.

En 2014, je suis élue en tant que conseillère municipale dans ma commune, où je réside depuis 1998 ; je deviens la première femme originaire de Wallis et Futuna élue dans l’hexagone. Je suis vice-présidente de la commission vie scolaire, très investie dans cette mission qui m’a été confiée et fière d’appartenir à cette ville qui prépare activement l’avenir pour les générations futures.

Les embuches que nous rencontrons sont parfois dues à nous-mêmes, lorsque nous portons un regard sur les choses et les postes que nous souhaitons obtenir ; je me suis souvent imposé des barrières en croyant que je ne pourrais pas accéder à des postes très qualifiés ; j’ai appris qu’il faut oser y croire pour y arriver et ne pas se laisser impressionner ; la femme a cette capacité de trouver le courage surhumain pour arriver à son but, qui est la réussite.

 

Les femmes peuvent être détentrices d’énergie et combattives ; j’ai créé en 2013 une association pour promouvoir les Îles Wallis et Futuna en métropole, j’ai inséré dans les objectifs de l’association la promotion de la lutte pour la place de la femme dans le milieu social, je milite dans plusieurs associations féministes en France pour les droits des femmes.

Ce qui manque aux femmes, c’est un mouvement national de solidarité et de surpassement vers les femmes qui nous entourent ; nous sommes fortes quand cette chaine de solidarité est partagée ; une fois que nous accédons au pouvoir, nous avons tendance à oublier les autres mais il faut absolument que les femmes arrivent à surpasser les regards hautains ou envieux qui peuvent mettre un frein à l’avancement de leurs projets. Les femmes ont la force de fournir autant d’énergie ; si nous arrivons à regarder ensemble dans la même direction, je peux enfin me dire que j’ai n’ai pas perdu mon temps à me battre pour l’avenir des femmes.