Actuellement Directrice des Licences chez Stella McCartney à Londres, je suis en charge des activités de licence de la marque. Il s’agit des catégories de produits créées et distribuées en collaboration avec des experts comme Adidas pour les collections de sport, Coty pour la beauté, incluant les lunettes de soleil, lingerie et maillots de bain. Je suis responsable de la direction des opérations et de la stratégie produit, marketing et commerciale de ces activités, ainsi que de la relation et les négociations de contrats avec ces partenaires.

Ce qui rend ma mission particulièrement intéressante c’est l’engagement profond de Stella McCartney dans la promotion de valeurs éthiques dans la mode. Nous reconnaissons que l’entreprise est responsable des ressources qu’elle consomme. Nous explorons donc en permanence des moyens innovants pour limiter notre impact sur l’environnement, en refusant notamment d’utiliser du cuir ou de la fourrure dans nos collections, ou de tester nos produits de beauté sur des animaux. Stella souhaite changer la donne et inspirer le public à travers ses collections et ses défilés. La campagne « veg out » de l’hiver 2016 visait à sensibiliser les femmes à l’impact positif du style de vie végétarien.

L’industrie de la mode est en pleine mutation et c’est très motivant d’être un acteur de ce changement.

Avant de rejoindre Stella, j’étais manager en fusions-acquisitions dans le Groupe Kering pendant huit ans. Un rôle passionnant à l’époque où François-Henri Pinault a transformé en profondeur le portefeuille de marques du groupe français PPR pour créer un leader mondial du luxe. Ces missions impliquaient beaucoup de créativité en termes de stratégie et m’ont plongée dans le monde de la mode. Pourtant, étant diplômée de Sciences-Po et de l’ESSEC, j’avais un profil qui me destinait plutot à une carrière administrative ou financière… Mais quinze ans d’expérience dans les secteurs du luxe, de la beauté et du sport lifestyle, m’ont permis de modeler mon parcours selon mon ambition en développant des compétences à 360° et une expertise en business développement et licences de marques.

Au cours de mes missions, à l’intersection du droit et du business, j’ai longtemps évolué dans un environnement de banquiers et avocats d’affaires plutôt masculin avant de rejoindre le milieu beaucoup plus féminin de la mode. Dans ce contexte, j’ai toujours été entourée de femmes et hommes ambitieux, français et internationaux, et j’ai pu identifier deux sources de décalage hommes-femmes dans la progression de carrière dans ces secteurs.

Je pense qu’il faut toujours chercher à progresser, grandir dans son rôle, or il me semble que le premier frein à la carrière de femmes exécutives réside dans la mentalité féminine, que je définirai comme la « conscience féminine ». Au sein de l’entreprise, les femmes préfèrent souvent s’appliquer consciencieusement à leurs dossiers, à l’abri des regards, et manquent souvent de se rendre visibles. Je les encourage à prendre le temps de mettre en valeur leur profil, de cultiver leur réseau et se tenir prêtes à relever de nouveaux challenges. Nous avons parfois tendance à sous-estimer nos compétences, ce qui nous fait hésiter à sortir de notre zone de confort pour saisir les opportunités.

Récemment je partageais mon expérience avec mes étudiants lors d’un cours que je donnais à Harvard, le constat est sans appel : de nombreuses femmes ont elles-mêmes créée leur propre plafond de verre en se limitant dans les opportunités qui se présentent à elles et en doutant d’être à la hauteur du défi.

Il faut pourtant oser se mettre en risque, croire en soi, être convaincue d’être à la hauteur des nouvelles responsabilités qui vous sont confiées. Et pourquoi ne pas recourir aux conseils de mentors femmes et de mentors hommes? Depuis plus de dix ans, j’ai suivi les conseils de femmes dirigeantes et de Jean-François Palus, Directeur Général de Kering, pour construire mon parcours.

L’essentiel est que chaque femme crée l’équilibre personnel qui lui permette de progresser. Or l’autre obstacle à l’égalité hommes-femmes est inhérent aux institutions qui ne soutiennent pas la flexibilité dont les mères ont besoin pour leur famille. Au Royaume-Uni, les mères sont généralement encouragées à prendre 6 mois de congé maternité et à travailler de la maison quand cela est nécessaire. Ces formidables avantages ralentissent malheureusement leur évolution. Je pense qu’à l’avenir les ressources humaines devront intégrer cette réalité, en offrant aux mères, dirigeantes ou non, comme aux pères, la flexibilité dont elles ont besoin sans les pénaliser dans leur carrière. En tant que mère de trois enfants et membre du Comité de Direction, je me sens inspirée par Stella, fondatrice, Directrice artistique et mère de quatre enfants. L’augmentation de mes responsabilités s’est accompagnée d’une organisation qui a amélioré la productivité de mes activités personnelles, sportives et professionnelles… A cet égard, personne n’est plus productif qu’une mère de famille !