Rouge. Rouge comme les bannières de Venise qui flottent au vent sur la place Saint-Marc. Ce rouge vénitien, chaud, profond, fait partie de ma vie. C’est la couleur de Generali, la compagnie d’assurances vénitienne, riche de près de deux siècles d’histoire, qui a donné sa chance à une jeune femme voici 30 ans. Moi. L’assurance, très peu de personnes y viennent par vocation. Pourtant ce métier à la fois méconnu et mal aimé est au cœur de la vie car il permet de protéger tout ce que l’on peut avoir de plus cher – sa vie, celle de sa famille, la sécurité de son foyer, la pérennité de son entreprise. Venant d’une famille d’artiste, entre un père premier ténor de l’Opéra de Paris et une mère pianiste, je fais partie de ces gens qui sont venus à l’assurance par hasard. Ce que j’aurais rêvé de faire enfant ? De l’archéologie, de l’histoire, du journalisme ou du théâtre ! Sûrement pas de l’assurance…et pourtant chez Generali j’ai pu faire tout cela.

Entrée stagiaire à 23 ans pendant ma maîtrise de gestion chez un prestataire informatique de Generali, j’y ai croisé le chemin de personnes bienveillantes qui m’ont fait confiance. Deux années plus tard, j’entrais dans cette compagnie qui avait gagné mon cœur par son humanisme. En 1991, la création de la fonction communication m’est confiée. En 1999, me voilà bombardée Directrice de la communication à 36 ans. Vertige : comme la plupart des femmes j’avais peur de ne pas être à la hauteur. A ce poste, j’ai pu notamment lancer la politique de mécénat, touchant tour à tour à l’archéologie avec le parrainage d’une exposition dédiée aux premiers temps de la Basilique de Saint-Denis comme à l’histoire, avec les splendeurs de Venise. Le journalisme, je l’ai approché de près en m’occupant des relations presse ou en rédigeant le magazine interne. Quant au théâtre, à travers les grandes réunions événementielles, de la mise en scène à la régie, j’ai pu garder le contact avec la scène que j’avais connu enfant, aux côtés de mon père.

En tant que femme, ai-je eu des difficultés particulières ? Pas vraiment. Je me suis toujours obligée à travailler plus pour prouver de quoi j’étais capable. J’étais entourée d’hommes qui m’ont aidée à devenir ce que je suis, avec bienveillance, exigence et un peu de paternalisme. Ca tombait bien. Mon père vivait au loin, avec l’art lyrique pour unique horizon. J’ai eu aussi des femmes pour modèles, avec autant de professionnalisme que de caractère. Au final, 30 ans plus tard, j’ai eu un parcours professionnel au-delà de mes rêves. J’ai pu travailler avec des monstres de l’économie comme Antoine Bernheim, des légendes comme Zidane, des héros comme Jean-Louis Etienne. Et j’ai pu croiser le regard de femmes d’exception comme Simone Veil ou Hélène Carrère d’Encausse.

Je crois que mon parcours est lié à trois facteurs : l’amour de mon entreprise, la passion de mon métier, la volonté de découvrir de quoi j’étais capable. Et c’est bien là le problème des femmes : le doute. Va-t-on se faire accepter ? Sera-t-on capable de faire ce que l’on attend de nous ? Quand les hommes ne doutent de rien et osent, les femmes en sont encore à se poser des questions sur leur légitimité. Pourtant, leurs compétences doublées de leur engagement, leur sens de la communauté et du temps long, voyant au-delà d’elles-mêmes en portant la vie de leurs enfants, leur vigilance sont autant de qualités précieuses pour la gouvernance des entreprises. Elles devraient trouver plus de place dans la Société face aux risques sociaux, climatiques et environnementaux, qui pèsent aujourd’hui sur l’humanité.