Fille d’une artiste peintre et d’un officier de marine, j’ai grandi dans une région ouvrière et un environnement économiquement un peu précaire mais aimant, cultivé, ouvert sur le monde, surtout celui de l’imaginaire et de la fantaisie (pas les moyens de voyager !).

Ma mère a passé sa vie d’artiste à rendre magique celle de ses enfants et à essayer « de percer » dans un monde artistique dominé par les hommes, quelques-uns s’étant attribués certaines de ses œuvres à la porte d’une Villa Médicis … de toutes façons alors inaccessible aux femmes. Révolte.

Après avoir rêvé de diplomatie et décroché ScPo, 7ème ciel de l’esprit et de l’action, atterrissage dans le monde financier. Et là, les difficultés commencent.

1er entretien d’embauche, une prestigieuse banque d’affaires : « on vous prend si vous vous engagez à ne pas nous quitter ni avoir d’enfants dans les 5 ans sinon on vous casse, on a le bras long … J’ai 24 ans. Je vais chez le concurrent dans un job moins porteur et beaucoup moins payé. Puis mon patron ne veut pas me laisser prendre le poste de mes rêves parce que je ne suis là que depuis 2 ans. Tout le monde couche alentour. Je pars.

A 30 ans, je me vois proposer un superbe poste en M&A contre une disponibilité absolue. Gros enjeux. J’ai peur du job … et de ne pas trouver de mari… Je décline… Le train de la fortune est passé.
Se succèderont des années de postes intéressants mais « d’éternelle n°2 » avec toujours en toile de fond le sujet de la maternité : « on ne vous prend pas à ce poste (à fort potentiel d’évolution) car à l’âge que vous avez, vous allez avoir des enfants ». On ne m’a rien demandé. On a décidé pour moi.

Alors je fais des enfants. Ouf! J’ai battu l’horloge biologique que renvoie la société mais je suis définitivement sortie des rails professionnels des jeunes cadres à haut potentiel (« Vous allez être moins disponible maintenant »).

Un nouvel enjeu apparait : ne pas se laisser dessécher dans un « rôle de femme ».

Professionnellement, je vais désormais avancer par bonds de côté successifs en allant chercher des postes atypiques dans des structures innovantes, échappant toujours plus aux cases des « viviers RH ». Intérêt intellectuel et performances business, mais cercle vicieux professionnel. Je finis par penser que c’est de ma faute, que j’ai dû mal faire quelque chose… Dans l’intervalle, j’ai aussi appris que je gagnais 50% de moins que mon binôme masculin qui faisait exactement le même travail.

Quand l’Association des Sciences Po lance le groupe professionnel Femme et Société, je découvre que nous sommes des dizaines à penser que « c’est de notre faute ». Je m’y investis choisissant ainsi de jouer « la proximité de situations» pour porter les sujets égalité des droits et mixité dans l’environnement professionnel et tenter d’aider mes semblables (qui m’aident aussi). Je découvre ainsi les premiers réseaux féminins et l’importance de pousser collectivement les sujets.

Alors que je pensais agir pour un effet « tâche d’huile » et faire bouger les lignes pour toutes les femmes, j’entends un jour parler de « femmes d’en haut et de femmes d’en bas ». Et les afghanes sont asservies par les talibans… Impression de nager dans un luxe étrange bien que je continue à me heurter au plafond de verre et que harcèlement et violence ne sont pas très loin.

Apparait ONU Femmes, l’entité des Nations Unies pour l’égalité des droits et l’automisation des femmes, la seule organisation neutre et universelle en la matière dont les principes, les plaidoyers, les actions peuvent se décliner dans tous les environnements économiques et politiques. Voilà le chaînon manquant! Parallèlement à mes activités professionnelles, je rejoins la belle aventure de la création en France du Comité National pour participer à ce grand mouvement sociétal mondial. Une démarche quasi entrepreneuriale vers l’ensemble de la société civile française, associations, grand public, entreprises, pouvoirs publics pour repousser toutes et tous ensembles les limites qui s’imposent aux femmes en France et ailleurs.

Aider à faire bouger les lignes pour toutes les femmes dans un monde durable … Ma contribution particulière, ma responsabilité de femme française et européenne…