Je suis double championne du monde et médaillée olympique. J’ai été en équipe de France pendant plus de 20 ans et suis jeune retraitée. Je travaille chez Openfield en tant que chef de projet Digital et CRM.

Premiers de cordées est une association dont l’objectif est de favoriser l’accès au sport, de sensibiliser au handicap et de construire des liens sociaux. Nous intervenons auprès des enfants hospitalisés. Par exemple, notre parrain Kilian MBappé, a passé une après-midi avec les enfants en jouant au foot. Nous leur changeons leur quotidien et ça les aide autant que les parents, touchés et sensibles à la démarche.

Le sport est souvent le « point » révélateur de notre société. On y teste des outils, des manières de manager, avant de les transférer au monde « professionnel ».

J’ai été sous payée pendant plusieurs années, en tant que médaillée olympique au même salaire qu’un champion de France. C’est rageant, car l’investissement n’est pas le même, le titre non plus, d’ailleurs. On passe autant de temps à s’entrainer, avec des hommes, comme eux, avec la même souffrance physique et mentale pour qu’une fois médaillée, on soit reconnue parce-que nous sommes « mignonnes » ou parce-qu’on devient LA Teddy Rinner du féminin, etc.

Toutes ces attaques du quotidien, les seuls moyens de les écraser, est de ne pas se taire, ne pas se laisser faire car on leur donnerai raison. Il faut travailler plus, car on mérite d’être respectée pour le travail fourni. A force de performer, les entraineurs, les médias vous prendront au sérieux. Ne leur laisser pas le choix ! Si vous éclatez à l’entrainement, les hommes qui ont une vision étroite de la pratique sportive par les femmes, ils n’auront plus le choix que de vous accepter et de vous respecter !

Ce combat est quotidien. Je continue de recevoir des coups, et continue de pratiquer ma méthode. Prendre des coups (différent d’accepter les coups), analyser, ne pas se laisser marcher dessus, bosser encore plus dur, et « prouver » pour être accepter.

Depuis ma retraite sportive, une chose à changer : l’importance de partager. Je vais dans les écoles, lycées, collèges et témoigne de ma vie sportive, j’encourage les filles, en leur disant « Oui, bien sûre que vous pouvez y arriver! » et ce malgré le fait, que certains vous disent le contraire ! J’essaie dès que possible de leur faire comprendre, l’égalité entre une femme et un homme.

Le comportement de tous est important. Les parents font comme ils peuvent, et parfois il est aussi important de leur faire passer le message car c’est eux qui le font passer aux enfants au quotidien. Il m’est, arrivé de discuter avec un père après un sermon à son fils qui avait râté sa compétition car « il faisait comme une fille ». Ce qui signifie que la fille ne serait pas en mesure d’y parvenir. J’ai pris le temps de lui expliquer l’impact qu’à son discours sur son fils dans son sport, sa vie de tous les jours, mais aussi sur la vision de son fils par rapport aux filles. Si au fur et à mesure, on ne laisse plus personne tenir des propos inappropriés, « tu cours comme une fille », le combat sera gagné.