Je suis Zahia Ziouani une des rares femmes « cheffe d’orchestre ». Je dirige l’Orchestre Symphonique Divertimento que j’ai créé en 1998. Je suis aujourd’hui à la tête de cet ensemble symphonique qui comprends 70 musiciens professionnels. Dès mon plus jeune âge, mes parents mélomanes, m’ont initié à la musique symphonique. A la maison on écoutait de la musique classique et on allait voir des concerts. J’ai eu la chance de grandir dans une famille où mes parents m’ont sensibilisée à cet univers et m’ont appris à être curieuse. Ils ont joué un rôle fondamental dans ma curiosité envers les arts, mon chemin vers la musique classique et toute l’exigence que cela représente. C’est dans cette continuité qu’ils m’ont inscrit au conservatoire où j’ai eu la chance d’étudier la guitare classique puis l’alto. C’est la rencontre avec l’alto qui m’a permis de repérer le travail du chef d’orchestre. Cet instrument de la famille des cordes est placé dans l’orchestre face au chef d’orchestre. J’ai tout de suite été fascinée par la gestuelle du chef d’orchestre, son énergie… Un travail que je qualifiais d’exception ! Je trouvais formidable de le voir fédérer autant de musiciens d’horizons divers. C’est à partir de ce moment-là que j’ai décidé d’être chef d’orchestre. Une rencontre décisive m’a conforté dans la concrétisation de mon aventure musicale car j’ai eu la chance d’être formée auprès du célèbre Maestro roumain Sergiù Celibidache.

On me disait que chef d’orchestre n’était pas un métier de femmes Dès mon plus jeune âge j’ai vécu des situations assez inédites ! Par exemple j’ai étudié la direction d’orchestre au lycée Racine où seules les filles restaient lorsque je dirigeais, « je réglais mes comptes avec les garçons à la récré ! ». J’ai créé ma propre formation : l’Orchestre Symphonique Divertimento car j’ai été très vite consciente de la réticence à confier la direction à une femme. J’ai dû trouver un modèle économique et me transformer en « femme entrepreneuse » pour mener mon projet artistique et entrepreneurial. J’ai dû faire face à des exigences plus importantes que pour un homme. J’ai dû être « hyper performante face au jugement des musiciens sur mes qualités à créer un collectif, une unité ou ma capacité à asseoir mon autorité. Toutes ces embuches ont été ma force pour avancer et être qui je suis aujourd’hui !

Pour réaliser mon rêve d’enfant, j’ai dû m’imposer. Les femmes chefs d’orchestre se comptent encore sur les doigts de la main. Dans le cadre de mon orchestre il existe une parité homme/femme à tous les pupitres. Je dirais que c’est un engagement naturel qui permet à mon échelle de lutter contre les préjugés. J’encourage également les jeunes filles que je côtoie dans le cadre de l’Académie Divertimento à pratiquer l’instrument qu’elle souhaite ou s’engager dans la direction d’orchestre. Mais avant tout je leur dis que rien n’est impossible tant qu’on y croit !